(...) Le racisme au sens fort du terme est toujours beaucoup plus insidieux et pernicieux que ce que l’on croit. Il serait par conséquent inexact et de surcroît fort dangereux d’amalgamer ce travers grave à ce que je préfère nommer « xénophobie » (peur de l’étranger), qui devrait être abordée comme toute maladie invalidante dont le traitement nécessite une attention particulière. (...)
(...) La systématisation, la solidification de toute pensée dessine les barreaux d’invisibles prisons dont on ne s’évade que plus difficilement. Ma volonté d’échapper à la xénophobie explique sans aucun doute une des raisons pour lesquelles je suis « monté » sur scène : La scène est par essence, un espace d’harmonie et de liberté, un territoire universel où les états civils importent peu. Ce qui compte, c’est la qualité de ce que l’on offre au public et la capacité à communier avec lui.
Malheureusement, il semble que de nos jours le seul sceau de la qualité ne suffise plus et que ce que l’on nomme talent se mesure au moyen d’une unité très instable appelée notoriété. Le règne de la quantité aidant, ce qui importe n’est pas d’être reconnu et apprécier pour son travail mais connu et adulé pour son « image ». Le secret pour accéder à cet Olympe ? La potion magique de l’élu : Etre « original », être original à n’importe quel prix, sortir du troupeau, se faire « re-marquer ». Le mot lui-même en dit long sur la démarche. Quitte à être grotesque, il faut choquer. Montrer ses fesses ou offrir aux caméras l’intérieur de son lit suffit à se voir conférer le titre d’artiste. La société ne se contente plus de l’esthétique du panier, elle réclame de voir l’état du linge qui se trouve à l’intérieur, plus le contenu est sale et nauséabond, meilleur est l’audimat ou plus grande la jauge.(...)
(...) La systématisation, la solidification de toute pensée dessine les barreaux d’invisibles prisons dont on ne s’évade que plus difficilement. Ma volonté d’échapper à la xénophobie explique sans aucun doute une des raisons pour lesquelles je suis « monté » sur scène : La scène est par essence, un espace d’harmonie et de liberté, un territoire universel où les états civils importent peu. Ce qui compte, c’est la qualité de ce que l’on offre au public et la capacité à communier avec lui.
Malheureusement, il semble que de nos jours le seul sceau de la qualité ne suffise plus et que ce que l’on nomme talent se mesure au moyen d’une unité très instable appelée notoriété. Le règne de la quantité aidant, ce qui importe n’est pas d’être reconnu et apprécier pour son travail mais connu et adulé pour son « image ». Le secret pour accéder à cet Olympe ? La potion magique de l’élu : Etre « original », être original à n’importe quel prix, sortir du troupeau, se faire « re-marquer ». Le mot lui-même en dit long sur la démarche. Quitte à être grotesque, il faut choquer. Montrer ses fesses ou offrir aux caméras l’intérieur de son lit suffit à se voir conférer le titre d’artiste. La société ne se contente plus de l’esthétique du panier, elle réclame de voir l’état du linge qui se trouve à l’intérieur, plus le contenu est sale et nauséabond, meilleur est l’audimat ou plus grande la jauge.(...)
(...) Du sourire forcé à la curiosité zoologique en passant par les compliments sur le couscous, les yeux bleus des kabyles « pas pareils », j’ai dû entendre à peu près toutes les banalités possibles et imaginables en la matière. Je passe sur les envolés lyriques d’incultes pathétiques déployant toute leur science pour tenter de m’expliquer qu’une déficience génétique rendait les arabes et tout ce qu’y s’y rapporte, inapte à accéder au niveau intellectuel du dernier des gaulois. Tant de bêtises entendues depuis tant d’années, finit par rendre insensible à la médiocrité fut-elle des plus blessantes. Du reste, paradoxalement, la « bonne foi » désarmante de certains xénophobes incline plus à la compassion qu’à la colère.
Les Evangiles nous invitent à pardonner à ceux qui « ne savent pas ce qu’ils font », comment d’ailleurs en vouloir vraiment à celui dont l’erreur n’a d’égale que la sincérité ? Que voulez vous dire et comment parvenir à ouvrir une conscience soumise à un conditionnement culturel si intense, que la possibilité d’un ailleurs ou d’un autrement n’est ni envisagée, ni même imaginée ? Je relis parfois certains textes d’officiers ou de pseudos intellectuels de l’époque coloniale et je suis effaré des théories qu’ils développent. Je me sens totalement désarmé face à de telles montagnes d’ignorance.
Le prototype du xénophobe existe et, qui plus est, contrairement à ce que l’on croit communément, est beaucoup mieux représenté dans les couches sociales dite de la France « d’en haut » que dans les milieux populaires qualifiés de la France « d’en bas ». Le racisme ou la xénophobie, même s’ils s’expriment en termes différents et plus « élégants », sont souvent beaucoup plus violents dans le huitième arrondissement de Paris que dans le dix huitième… (...)
Les Evangiles nous invitent à pardonner à ceux qui « ne savent pas ce qu’ils font », comment d’ailleurs en vouloir vraiment à celui dont l’erreur n’a d’égale que la sincérité ? Que voulez vous dire et comment parvenir à ouvrir une conscience soumise à un conditionnement culturel si intense, que la possibilité d’un ailleurs ou d’un autrement n’est ni envisagée, ni même imaginée ? Je relis parfois certains textes d’officiers ou de pseudos intellectuels de l’époque coloniale et je suis effaré des théories qu’ils développent. Je me sens totalement désarmé face à de telles montagnes d’ignorance.
Le prototype du xénophobe existe et, qui plus est, contrairement à ce que l’on croit communément, est beaucoup mieux représenté dans les couches sociales dite de la France « d’en haut » que dans les milieux populaires qualifiés de la France « d’en bas ». Le racisme ou la xénophobie, même s’ils s’expriment en termes différents et plus « élégants », sont souvent beaucoup plus violents dans le huitième arrondissement de Paris que dans le dix huitième… (...)
(...) Le regard est un véritable livre ouvert à qui sait lire autrement qu’avec ses yeux et en Algérie, ils en disent d’ailleurs beaucoup plus que les mots. A cet égard, ceux des autochtones qui croisent ceux des immigrés de passage au bled relèvent de la joute oratoire.
Certains immigrés en Algérie ont un comportement analogue aux pieds noirs, revenus sur « leur terre » qui ne cessent de comparer l’Algérie à la France. D’aucuns méprisent, d’autres se moquent… Autant de comportements qui attisent des douleurs ou des souffrances encore trop vives.
Entre l’amertume de nombreux Algériens coincés entre désert et méditerranée qui vivent comme une frustration permanente l’impossible accès au “rêve Français” et ceux qui n’ont toujours pas digéré la « sale guerre » et tentent de survivre broyés entre désespoir et ennui, les conditions sont réunies pour une explosion et un déchaînement de haine.
Malgré toutes ces « contrariétés » j’aime me rendre en Algérie. Ce qui me bouleverse par-dessus tout lors de mes séjours, c’est la pauvreté qui y règne et la richesse qui la méprise… Face à tant de dénuement je me sens impuissant, écartelé entre un sentiment de révolte et de résignation. Qu’est ce que je peux faire contre la misère en Algérie… ? Matériellement pas grand chose et de toute façon, pas autant que je le souhaite. Mon rôle, en tout cas, celui que je crois pouvoir jouer, est celui d’un pont entre deux rives séparées bien plus par l’incompréhension que par la Méditerranée. Je tente de transmettre sur scène , la vision d’un pays où j’ai passé les plus merveilleux moments de ma vie.
J’espère que l’Algérie finira par retrouver la lumière qui éclairait les matins de printemps de mon enfance, quand les odeurs disputaient aux couleurs le droit d’enivrer mes sens.
Quoi qu’il en soit des douleurs et des souffrances, en Algérie on aime comme ailleurs, on rit comme ailleurs, on vit comme ailleurs. L’Algérie est comme ses femmes, plus belle et plus forte, malgré le lourd voile que lui fait porter l’histoire. L’Algérie, même blessée, reste d’une beauté incomparable. Une femme ou un homme n’est jamais rendu plus laid par ses blessures bien que leurs empreintes en eux soient souvent indélébiles. Malgré d’interminables maux, l’Algérie n’a jamais cessée de vivre. L’histoire des hommes ne se répète jamais comme on l’affirme souvent à tort, en revanche elle continue avec un goût prononcé pour l’horreur et une amnésie si déconcertante qu’on se demande parfois si cette défaillance n’est pas salutaire pour la survie de notre humanité… L’oubli s’offre à la souffrance comme le pardon au salut. (...)
Certains immigrés en Algérie ont un comportement analogue aux pieds noirs, revenus sur « leur terre » qui ne cessent de comparer l’Algérie à la France. D’aucuns méprisent, d’autres se moquent… Autant de comportements qui attisent des douleurs ou des souffrances encore trop vives.
Entre l’amertume de nombreux Algériens coincés entre désert et méditerranée qui vivent comme une frustration permanente l’impossible accès au “rêve Français” et ceux qui n’ont toujours pas digéré la « sale guerre » et tentent de survivre broyés entre désespoir et ennui, les conditions sont réunies pour une explosion et un déchaînement de haine.
Malgré toutes ces « contrariétés » j’aime me rendre en Algérie. Ce qui me bouleverse par-dessus tout lors de mes séjours, c’est la pauvreté qui y règne et la richesse qui la méprise… Face à tant de dénuement je me sens impuissant, écartelé entre un sentiment de révolte et de résignation. Qu’est ce que je peux faire contre la misère en Algérie… ? Matériellement pas grand chose et de toute façon, pas autant que je le souhaite. Mon rôle, en tout cas, celui que je crois pouvoir jouer, est celui d’un pont entre deux rives séparées bien plus par l’incompréhension que par la Méditerranée. Je tente de transmettre sur scène , la vision d’un pays où j’ai passé les plus merveilleux moments de ma vie.
J’espère que l’Algérie finira par retrouver la lumière qui éclairait les matins de printemps de mon enfance, quand les odeurs disputaient aux couleurs le droit d’enivrer mes sens.
Quoi qu’il en soit des douleurs et des souffrances, en Algérie on aime comme ailleurs, on rit comme ailleurs, on vit comme ailleurs. L’Algérie est comme ses femmes, plus belle et plus forte, malgré le lourd voile que lui fait porter l’histoire. L’Algérie, même blessée, reste d’une beauté incomparable. Une femme ou un homme n’est jamais rendu plus laid par ses blessures bien que leurs empreintes en eux soient souvent indélébiles. Malgré d’interminables maux, l’Algérie n’a jamais cessée de vivre. L’histoire des hommes ne se répète jamais comme on l’affirme souvent à tort, en revanche elle continue avec un goût prononcé pour l’horreur et une amnésie si déconcertante qu’on se demande parfois si cette défaillance n’est pas salutaire pour la survie de notre humanité… L’oubli s’offre à la souffrance comme le pardon au salut. (...)
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