Extrait de "Une balle pour la paix" Tayeb Belmihoub
(...) Football, sport sacré ? Je sais que la plupart de nos contemporains donnent au mot « sacré » un sens exclusivement religieux. Pourtant, si les religions en font leur domaine privilégié, il n’en demeure pas moins vrai que le Sacré dépasse ce seul contexte, on peut même affirmer qu’il le contient. Le Sacré dans son sens étymologique est proche du secret, de ce qui est « mis à l’écart », afin que nul n’en viole l’accès. Le mot templum (temple)- dont la racine tem se retrouve dans le grec temenos, qui signifie couper, retrancher, séparer - exprime la même idée. On perçoit là toutes les analogies du temple et du stade, dont l’accès est également réglementé.
Si le Sacré est souvent entouré de « mystère », c’est que le sens premier de ce dernier terme exprime ce qui est proprement « incommunicable » et que l’on doit recevoir en « silence ». C’est l’émerveillement de l’enfant qui observe, sans un mot, le ballet de Zizou pour en reproduire chaque mouvement. Le Sacré est un mot qui effraie parfois ceux qui croit y voir une vague notion de religiosité, doublée d’un sectarisme, dont l’aspect mystérieux reflèterait les desseins obscurs de gardiens des ténèbres ! Rien n’est pourtant plus simple que le Sacré. Rien n’est pourtant plus simple que le jeu le plus dépouillé, le plus « élémentaire ». Le geste parfait, le geste sacré est un geste complexe, jamais compliqué. C’est le déséquilibre qui agite parfois nos coeurs et nos corps, qui nous empêche de redevenir « ces simples d’esprit auxquels le royaume des cieux appartient ». Le geste simple au football est celui auquel tous les joueurs et tous les éducateurs aspirent, le geste sacré, primordial, originel analogue à « la parole perdue » ou au Saint Graal.
Le Sacré est lié à la balle comme le verbe à son support et les traces d’activités humaines autour d’une balle remontent aux premiers jours de l’humanité. Le soleil, la lune, les astres, en général symbolisés par la « balle », ont toujours étés objets de vénération et véhicules d’influences « supra humaines ». Les rites utilisant la balle permettaient une mise en harmonie avec un cosmos dont l’homme « primordial » avait une conscience intuitive. La balle était utilisée comme « intermédiaire intercesseur » pour obtenir une meilleure fertilité des hommes et des cultures, s’attirer les faveurs d’influences spirituelles, objet d’accompagnement dans les rites funéraires, la balle a toujours « fasciné » « attiré », « organisé » (…)
Si le Sacré est souvent entouré de « mystère », c’est que le sens premier de ce dernier terme exprime ce qui est proprement « incommunicable » et que l’on doit recevoir en « silence ». C’est l’émerveillement de l’enfant qui observe, sans un mot, le ballet de Zizou pour en reproduire chaque mouvement. Le Sacré est un mot qui effraie parfois ceux qui croit y voir une vague notion de religiosité, doublée d’un sectarisme, dont l’aspect mystérieux reflèterait les desseins obscurs de gardiens des ténèbres ! Rien n’est pourtant plus simple que le Sacré. Rien n’est pourtant plus simple que le jeu le plus dépouillé, le plus « élémentaire ». Le geste parfait, le geste sacré est un geste complexe, jamais compliqué. C’est le déséquilibre qui agite parfois nos coeurs et nos corps, qui nous empêche de redevenir « ces simples d’esprit auxquels le royaume des cieux appartient ». Le geste simple au football est celui auquel tous les joueurs et tous les éducateurs aspirent, le geste sacré, primordial, originel analogue à « la parole perdue » ou au Saint Graal.
Le Sacré est lié à la balle comme le verbe à son support et les traces d’activités humaines autour d’une balle remontent aux premiers jours de l’humanité. Le soleil, la lune, les astres, en général symbolisés par la « balle », ont toujours étés objets de vénération et véhicules d’influences « supra humaines ». Les rites utilisant la balle permettaient une mise en harmonie avec un cosmos dont l’homme « primordial » avait une conscience intuitive. La balle était utilisée comme « intermédiaire intercesseur » pour obtenir une meilleure fertilité des hommes et des cultures, s’attirer les faveurs d’influences spirituelles, objet d’accompagnement dans les rites funéraires, la balle a toujours « fasciné » « attiré », « organisé » (…)
(...) De nos jours, les rites se sont habillés de mots. Le football semble être de ceux là… Je me suis interrogé sur l’engouement, la passion, la vénération quasi planétaire que suscite « l’agitation » de vingt-deux bonshommes sur un rectangle vert. Et si cette gesticulation autour d’une boule de cuir remplie d’air n’était pas si anodine qu’il y paraît ? Et si ce désordre apparent masquait la face d’un rituel dont la trace se serait conservée précieusement dans « l’arche d’alliance » que constitue la masse ? Rituel sacré dont le « but » ultime serait le retour à ce paradis perdu dont le « vert » jardin a marqué à jamais un Adam qui ne cesse de re-naître ?… Balle au centre… Coup d’envoi… But… Salut… Délivrance… Transcendance de cet instant unique où le ballon « déflore » la ligne blanche et vierge du but, pour féconder un ailleurs hors de l’espace et du temps. Balle au centre… Coup d’envoi et le cycle recommence… Perpétuel… Inlassablement la sphère s’offre et s’esquive, se partage ou se meurt…
Le stade est un miroir sur lequel se reflète le ballet de nos vies et si la Coupe du Monde, à laquelle la France s’est abreuvée de liesse, de jouvence, d’espérance, trône encore dans nos mémoires, comment ne pas s’interroger, au delà de l’événement, sur les raisons profondes d’une telle ivresse ? Comme toute manifestation, le football est soumis aux exigences que lui impose sa « loi ». En l’occurrence, ses règles. La comparaison du stade avec le Temple et le rituel qui s’y opère est d’autant plus aisée qu’à l’instar du Temple, le stade répond à des normes régulières de construction, imposées, en l’occurrence, par la F.I.F.A, Fédération Internationale de Football Association : instance suprême qui définit les règles du football pour le monde entier - Tracés géométriques précis, surface minimum, lois du jeu…Le non respect de ces obligations, que l’on pourrait qualifier de « profanation », entraîne une disqualification. Le stade - et plus précisément l’aire de jeu5 - est, comme le Temple, une enceinte consacrée, sanctifiée. Seuls sont autorisés à fouler le rectangle sacré, les fidèles, représentés par les joueurs et l’arbitre, gardien de la loi, garant de la stabilité du cérémoniel. Même celui que l’on pourrait désigner comme « Maître » ou « guide » : l’entraîneur, ainsi que les arbitres assistants, ne peuvent violer la ligne blanche qui délimite la surface du terrain pendant le déroulement de la rencontre.
L’accès au sacré s’opère par une perception interne, « secrète » et « mystérieuse ». Seul le « coeur » de l’homme est apte à recevoir ce que l’oeil n’est pas à même de percevoir. La conscience et l’évocation du Sacré se confondent aux origines de l’humanité. Conscience d’un ordre qui la dépasse et la transcende, l’évocation du Sacré, caractéristique de l’être humain, a pour langage le symbole9. Voilà proposée une approche du Sacré, sans qu’il soit nécessaire de définir le profane, étant entendu, pour simplifier, que l’on peut considérer comme profane, tout ce qui n’est pas sacré.
Le football « moderne », qui semble s’éloigner de son principe originel, ne déroge pourtant pas à ces règles de fond et les circonstances accidentelles qu’engendrent les intérêts financiers, médiatiques, politiques ou autres, ne changent rien à l’affaire qui dépasse le strict cadre de ces contingences. La profanation d’un rituel sacré ne peut en modifier l’essence.
Mon intention n’est évidemment pas de tenter de convertir qui que ce soit par une sorte de prosélytisme « footballistique » mais simplement d’inviter à une vision différente d’une activité moins gratuite qu’il y paraît. Je vous propose donc un point de vue tiré autant de mon expérience de joueur que de celle d’éducateur. Je n’ai certes pas évolué dans les sphères « galactiques » de l’univers du football, mais ma nature contemplative m’a donné accès à ce que je perçois comme la trace d’une science sacrée, dont le langage se révèle à travers les symboles les plus populaires. Le folklore pourrait sûrement, à cet égard, nous apprendre sur le monde bien plus que les trop volumineuses encyclopédies aussi lourdes à porter qu’à apprendre. La vraie connaissance allège, éclaire, par la simplicité des symboles qu’elle utilise pour exprimer les secrets de l’univers. La connaissance, c’est le jeu simple et épuré. La connaissance, c’est la synthèse, le juste milieu. Le savoir est chose apprise, plus près de la mémoire que du coeur.(...)
Le stade est un miroir sur lequel se reflète le ballet de nos vies et si la Coupe du Monde, à laquelle la France s’est abreuvée de liesse, de jouvence, d’espérance, trône encore dans nos mémoires, comment ne pas s’interroger, au delà de l’événement, sur les raisons profondes d’une telle ivresse ? Comme toute manifestation, le football est soumis aux exigences que lui impose sa « loi ». En l’occurrence, ses règles. La comparaison du stade avec le Temple et le rituel qui s’y opère est d’autant plus aisée qu’à l’instar du Temple, le stade répond à des normes régulières de construction, imposées, en l’occurrence, par la F.I.F.A, Fédération Internationale de Football Association : instance suprême qui définit les règles du football pour le monde entier - Tracés géométriques précis, surface minimum, lois du jeu…Le non respect de ces obligations, que l’on pourrait qualifier de « profanation », entraîne une disqualification. Le stade - et plus précisément l’aire de jeu5 - est, comme le Temple, une enceinte consacrée, sanctifiée. Seuls sont autorisés à fouler le rectangle sacré, les fidèles, représentés par les joueurs et l’arbitre, gardien de la loi, garant de la stabilité du cérémoniel. Même celui que l’on pourrait désigner comme « Maître » ou « guide » : l’entraîneur, ainsi que les arbitres assistants, ne peuvent violer la ligne blanche qui délimite la surface du terrain pendant le déroulement de la rencontre.
L’accès au sacré s’opère par une perception interne, « secrète » et « mystérieuse ». Seul le « coeur » de l’homme est apte à recevoir ce que l’oeil n’est pas à même de percevoir. La conscience et l’évocation du Sacré se confondent aux origines de l’humanité. Conscience d’un ordre qui la dépasse et la transcende, l’évocation du Sacré, caractéristique de l’être humain, a pour langage le symbole9. Voilà proposée une approche du Sacré, sans qu’il soit nécessaire de définir le profane, étant entendu, pour simplifier, que l’on peut considérer comme profane, tout ce qui n’est pas sacré.
Le football « moderne », qui semble s’éloigner de son principe originel, ne déroge pourtant pas à ces règles de fond et les circonstances accidentelles qu’engendrent les intérêts financiers, médiatiques, politiques ou autres, ne changent rien à l’affaire qui dépasse le strict cadre de ces contingences. La profanation d’un rituel sacré ne peut en modifier l’essence.
Mon intention n’est évidemment pas de tenter de convertir qui que ce soit par une sorte de prosélytisme « footballistique » mais simplement d’inviter à une vision différente d’une activité moins gratuite qu’il y paraît. Je vous propose donc un point de vue tiré autant de mon expérience de joueur que de celle d’éducateur. Je n’ai certes pas évolué dans les sphères « galactiques » de l’univers du football, mais ma nature contemplative m’a donné accès à ce que je perçois comme la trace d’une science sacrée, dont le langage se révèle à travers les symboles les plus populaires. Le folklore pourrait sûrement, à cet égard, nous apprendre sur le monde bien plus que les trop volumineuses encyclopédies aussi lourdes à porter qu’à apprendre. La vraie connaissance allège, éclaire, par la simplicité des symboles qu’elle utilise pour exprimer les secrets de l’univers. La connaissance, c’est le jeu simple et épuré. La connaissance, c’est la synthèse, le juste milieu. Le savoir est chose apprise, plus près de la mémoire que du coeur.(...)
(...) Le terrain de football m’attire comme cet Eden qui confusément m’habite. Je sais que nous possédons tous au plus profond de nous, cette part indicible du parfait qui nous fait grandir. Un peu comme la plante est attirée par la lumière et s’élève vers l’azur. Nous avons tous ce désir secret de nous parfaire, de polir ce miroir intérieur qui nous permettrait de refléter la perfection de la création.
J’en suis à ma dixième coupe du monde et je ne vois rien dans ce que l’on appelle le football moderne qui me fasse rêver plus ou moins qu’il y a trente ans. La stabilité est un signe du Sacré. Les religions, elles, changent. Les messages diffèrent d’un peuple à un autre, d’un lieu à un autre, d’une époque à une autre. Seul l’immuable n’est pas soumis au changement, seul le principe demeure. Le football s’amuse à tracer le chemin du monde. Il se joue du changement et des époques. Il observe, amusé, le besoin constant qu’a l’homme moderne de zapper sa vie. Il regarde d’un oeil bienveillant les errances et les erreurs de ceux qui le pratiquent. Le football, parfois malmené, décrié, conspué, conserve la force et la stabilité propres à tout symbole.
Le Sacré est aujourd’hui plus voilé que le ciel de nos grandes métropoles. La pollution qui détruit nos villes n’est qu’un triste reflet de celle qui détruit nos âmes. Le trou dans la couche de cet ozone, dont on nous rebat les oreilles, n’est pas plus alarmant que celui qui se creuse dans les coeurs. Le football est peut être l’un des derniers refuges pour permettre à l’homme de reprendre contact avec le Sacré, loin de toutes les maisons de prières où l’on enseigne plus la haine au nom de Dieu que l’amour au nom des hommes. Loin de ces salles d’exclusion et de complot que sont devenues églises, synagogues, mosquées, et autres lieux de non partage, il nous reste le stade de football où la seule religion qui prévale est celle de l’Union.
Pour clore ce chapitre sur le rituel et le Sacré, je rappellerai que les lieux où communient des hommes, se « signant » de manière aussi différentes, sont suffisamment rares pour mériter une étude plus approfondie d’un tel « miracle ». La « Jérusalem céleste » où fusionnent les « âmes » pourrait bien être symbolisée par cet « Eden » où s’unissent les joueurs de football.(...)
(...) J’ai éprouvé le besoin de dire que le Sacré n’est pas toujours là où on l’attend, que les vrais lieux de culte ne sont pas ceux que l’on croit et, en tous cas, qu’ils ne doivent jamais être prétexte à la division, à l’exclusion. Ce jour là, nous étions athées, zoroastriens, juifs, chrétiens, musulmans, bouddhistes, hindouistes, animistes… Nous étions d’abord des êtres humains, unis par un principe vers lequel tous les coeurs se sont orientés. Nous étions Un dans la multitude, nous étions les enfants de la balle."
J’en suis à ma dixième coupe du monde et je ne vois rien dans ce que l’on appelle le football moderne qui me fasse rêver plus ou moins qu’il y a trente ans. La stabilité est un signe du Sacré. Les religions, elles, changent. Les messages diffèrent d’un peuple à un autre, d’un lieu à un autre, d’une époque à une autre. Seul l’immuable n’est pas soumis au changement, seul le principe demeure. Le football s’amuse à tracer le chemin du monde. Il se joue du changement et des époques. Il observe, amusé, le besoin constant qu’a l’homme moderne de zapper sa vie. Il regarde d’un oeil bienveillant les errances et les erreurs de ceux qui le pratiquent. Le football, parfois malmené, décrié, conspué, conserve la force et la stabilité propres à tout symbole.
Le Sacré est aujourd’hui plus voilé que le ciel de nos grandes métropoles. La pollution qui détruit nos villes n’est qu’un triste reflet de celle qui détruit nos âmes. Le trou dans la couche de cet ozone, dont on nous rebat les oreilles, n’est pas plus alarmant que celui qui se creuse dans les coeurs. Le football est peut être l’un des derniers refuges pour permettre à l’homme de reprendre contact avec le Sacré, loin de toutes les maisons de prières où l’on enseigne plus la haine au nom de Dieu que l’amour au nom des hommes. Loin de ces salles d’exclusion et de complot que sont devenues églises, synagogues, mosquées, et autres lieux de non partage, il nous reste le stade de football où la seule religion qui prévale est celle de l’Union.
Pour clore ce chapitre sur le rituel et le Sacré, je rappellerai que les lieux où communient des hommes, se « signant » de manière aussi différentes, sont suffisamment rares pour mériter une étude plus approfondie d’un tel « miracle ». La « Jérusalem céleste » où fusionnent les « âmes » pourrait bien être symbolisée par cet « Eden » où s’unissent les joueurs de football.(...)
(...) J’ai éprouvé le besoin de dire que le Sacré n’est pas toujours là où on l’attend, que les vrais lieux de culte ne sont pas ceux que l’on croit et, en tous cas, qu’ils ne doivent jamais être prétexte à la division, à l’exclusion. Ce jour là, nous étions athées, zoroastriens, juifs, chrétiens, musulmans, bouddhistes, hindouistes, animistes… Nous étions d’abord des êtres humains, unis par un principe vers lequel tous les coeurs se sont orientés. Nous étions Un dans la multitude, nous étions les enfants de la balle."
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